Compte rendu de la réunion du 24 novembre à Montpellier

Publié le par POI Montpellier

Compte rendu de la réunion du 24 novembre à Montpellier
préparant la conférence ouvrière du 11 décembre 2010 à Paris.

 

 

« Rien n’est perdu, le combat n’est pas fini.
On n’a pas dit notre dernier mot même si ça semble difficile aujourd’hui » M, syndicaliste, cheminote



A l’initiative du POI de Montpellier, 17 militants de toutes tendances, syndicalistes pour la plupart, ayant participé à la mobilisation pour le retrait de la contre-réforme des retraites, se sont réunis au Dôme dans le cadre de la préparation de la conférence du 11 décembre à Paris, qui discutera des moyens à mettre en œuvre pour continuer le combat engagé et répondre à la question : « comment stopper le bras destructeur du gouvernement ».
Certains sont membres du POI, d’autres n’en sont pas, mais tous ont discuté de la nécessité de préparer la prochaine étape de la lutte de classe, des problèmes politiques auxquels les travailleurs ont été et sont confrontés. Nous publions ci-dessous de larges extraits de chacune des interventions, ainsi que divers contributions ou interviews récoltés dans le cadre de la préparation de cette réunion. Nous invitons les travailleurs et jeunes de toutes tendances ou sensibilité à discuter les questions soulevées ci-dessous.

 
M (syndicaliste cheminote) : Je suis cheminote et adhérente à la CGT. Je n’ai pas de réponses à toutes les questions mais je m’en pose beaucoup. On a fait toutes les grèves et journées unitaires. On s’est battu plus de 16 jours, dés le 12 octobre, nous les cheminots nous sommes partis en guerre, au côté de l’interpro. J’en ai un bon souvenir, on tenait les piquets ensemble. Je regrette que ça n’ait pas suivi comme on le voulait dès le début du conflit. On voyait bien que partout les gens se mobilisaient mais ça n’a pas pris. Pourquoi ? A cause du refus de négocier du gouvernement ? Du manque de mobilisation ? Je ne sais pas. C’est difficile à analyser mais Il y avait pas mal de têtes nouvelles dans le conflit, plus dans le privé que dans le public. On n’a pas dit notre dernier mot, même si ça semble plus difficile aujourd’hui.

J-P (syndicalise cheminot) : Je suis cheminot et adhérent CGT. Ce qui est ressorti du mouvement c’est la question de l’interpro et la clarté sur les mots d’ordre. Chez mes collègues le sentiment majoritaire est l’attente insatisfaite de l’appel à la grève, tout le monde ensemble, jusqu’à satisfaction de la revendication. On sentait bien que ça n’était pas par des journées de grève isolées que l’on gagnerait. A mon avis la position de Chérèque empêchait toute unité sur les revendications. Sans l’unité on ne peut pas gagner. De même dés qu’on a voulu transformer de part en haut la grève en autre chose on a refusé. La Conférence du 11.12 replace au centre la question de l’unité en ce qui concerne les retraites  même s’il y a des points de vue différents. Dans la CGT on discute par exemple du mot d’ordre abrogation.

H (syndicaliste enseignant) : Je suis fonctionnaire et je me bats contre la loi de mobilité, j’informe mes collègues de son contenu… Cette loi va au-delà des fonctionnaires : la fonction publique date du Moyen Age, et en 3 ans on veut la liquidé ! La RGPP, la mobilité des fonctionnaires, les retraites ! On n’a pas le droit de mettre par milliers des gens dehors. Je veux sensibiliser sur cette question. Des gens sont élus par une poignée, et ils font ce qu’ils veulent. Elle est là aussi ma responsabilité de citoyen Il est hors de question que j’accepte…

N (syndicaliste  enseignante) : Je suis à la CGT. Pour moi le problème s’est situé au niveau des confédérations syndicales. Dans l’éducation nationale il y a eu des appels à la grève jusqu’au retrait mais les confédérations syndicales ont bloqué. Lors de notre congrès départemental on nous a dit : « on a gagné ». Je ne crois pas. Certes il y a du positif (mobilisation massive, prise de conscience) mais on n’a pas gagné. Le gouvernement a tout fait passer en force mais il y a une grande part de responsabilité des confédérations syndicales.

An (Infirmière CHU) : Je suis membre du POI, et également syndiquée à la CGT… Beaucoup de personnel ont fait grève pour la première fois et ils voyaient l’intérêt de faire grève générale pour aboutir… On voit bien que personne n’est démoralisé.  Sarkozy continue : sécurité sociale est en première ligne, tous nos acquis de 45 sont petit à petit remis en cause.  Sur l’hôpital : prix des journées non remboursés, ALD remis en cause, médicaments dé remboursés... : c’est l’accès aux soins par tous qui est remis en cause. En plus une fille sur deux qui part à la retraite n’est pas remplacée, des intérimaires débordées et non formées sont employées. Les personnels le subissent et se mobilisent

A (syndicaliste enseignante) : Je suis syndicaliste au SNES, et également militante politique au POI.  Même si on a tous supporté le coup financier de la grève, si on n’a pas gagné les travailleurs se sont saisis des journées d’action pour se battre... Maintenant la plupart des partis politiques sont dans la préparation des élections de 2012. Sur mon collège on a fait 15 jours de grève contre la fermeture d’une classe, on nous impose le socle commun des connaissances : il y a urgence, on ne peut pas attendre 2012 ! En plus le programme de Strauss-Kahn  sur l’éducation est inacceptable… Là on est confronté à deux solutions : soit on défend nos acquis soit on fait un consensus avec le gouvernement.

P (technicienne CNRS) : Je suis syndicaliste au CNRS, militante à la CGT… Comment faire ? Tout le monde se le demande. On se pose aussi la question de 2012 : un Sarkozy bis ou Strauss-Kahn ? On n’a rien à y gagner. Nous aussi on subit les plans de démantèlement de l’université : le grand emprunt va permettre de garder des pôles d’excellences par le biais d’appel d’offres en ce qui concerne ce que le pouvoir voit comme rentable. En plus l’argent réservé pour les universités est placé en bourse, elles ne touchent que les intérêts, on nourrit les marché financiers. Fraïsse, Présidente de l’UM2, a quitté la table des négociations et a exposé ses positions… Le Conseil économique du Languedoc Roussillon soutient le grand emprunt. Des organisations syndicales siègent dans cette institution. On ne peut pas appliquer d’un côté et se battre de l’autre : c’est l’enjeu aujourd’hui.

V (thésard UM2) : J’ai participé à la bataille sur l’UM2. On était tous sur le pont dés le début à diffuser pour la grève générale. Nous, comme dans de nombreux secteurs, on y était déjà en grève ! On attendait cet appel : si on y va tous ensemble on peut gagner. Dans les AG on a lancé un appel aux dirigeants syndicaux à appeler à la grève générale. C’était voté par une grande majorité. Isolés on ne peut rien. Aujourd’hui la question des diplômes, des facs publiques est au centre de tout : la position de Fraïsse pour la sortie de l’Université Sud de France est un point d’appui. Elle était pour Idex au départ mais on lui a dit que les lettres, la sociologie, les langues, l’art devaient disparaître de la nouvelle université : elle ne peut pas accepter ! Ils classent tout dans les labex (ex pour excellence) en sacrifiant toutes les disciplines décrétées non rentables. Les facs vont changer de statut juridique afin de permettre l’augmentation des frais d’inscription. C’est actuellement le cas en Angleterre où les étudiants se mobilisent. Sur la privatisation des universités le PS, PC, PG a voté pour. Aucun travailleur ne peut accepter la fermeture de la fac de lettres. Il faut poser le problème de cet accord car partout, dans les conseils régionaux etc, il y a un consensus.

J-L (syndicaliste enseignant) : Dans mon lycée sur Sète les salariés n’abandonnent pas... Dans l’éducation nationale il y a le programme CLAIR (Collèges et Lycées pour l’Ambition, l’Innovation et la Réussite) qui menace les statuts, supprime de nombreux postes, la loi de mobilité, la Masterisation, la liquidation des STI, STG... Tout est fait pour vider de son sang les collèges et les lycées, pour économiser. Dans Le Monde aujourd’hui ils titraient sur la nécessité de rassurer les marchés. Pays après pays on subit une baisse des salaires.

J-D (syndicaliste postier) : Dans La Poste depuis 1995 il y a eu de nombreux changements : en 95 on était au centre mais pas cette fois. Malgré la combativité on a tout juste atteint 30% de gréviste. Il faut voir pourquoi : depuis 95 La Poste a été divisé en quatre sociétés (la banque postale, le courrier, le colis et ?), toutes divisées en petites unités... Dans cette situation atteindre 30% de grévistes témoigne d’une bonne mobilisation. Les gens ne sont pas battus, ils ne veulent pas attendre 2012. Pour nous la prochaine étape c’est la fermeture de bureaux de postes dans toute la France. Aujourd’hui chez nous les cadres sont au guichet. C’est la déqualification, la destruction. Par exemple à St Clément il n’y a qu’un salarié, ça n’est pourtant pas un petit village. De nombreux conseillers financiers se sont aussi mobilisés malgré le fait qu’ils sont payés aux résultats. Tout le monde veut comprendre. Dans notre dernière CE il a été relevé un manque d’organisation, de dialogue. Les gens veulent se battre.

A (syndicaliste enseignante) : La conférence doit être indépendante donc autofinancer. En ce qui concerne la salle louée à Paris c’est la région parisienne qui se charge de lever les fonds vu qu’ils n’ont pas de transport à payer. Par contre on a déjà 110 € à payer pour le billet de Luis. J’appelle à une levée de fond.
Résultat : 48 € de soutien.
 

Décision est prise de publier un compte rendu de la réunion, le faire discuter largement  auprès des collègues cheminots, enseignants, postiers, infirmières, aide-soignantes, personnels des universités et du CNRS, des étudiants, des travailleurs du public comme du privé…

Nous publions ci-dessous les contributions qui nous sont parvenues dans le cadre la préparation de cette réunion.


Interview d’un syndicaliste, bibliothécaire dans  l'enseignement supérieur


 
•Nous venons de combattre pour obtenir le retraite de la réforme des retraites, quel bilan tires-tu ?
« La mobilisation a été exceptionnelle; par millions, on a vu descendre les salariés dans la rue pour exiger le retrait du projet de loi. Cette revendication, portée par la base, n'a, hélas, pas été reprise par les sommets de certains appareils nationaux. Les journées d'action à répétition à l'appel de l'Intersyndicale nationale ne sont d'aucune efficacité, nous en avons aujourd'hui la preuve. Il aurait fallu à la mi-octobre qu'il y ait un appel clair à la grève générale interprofessionnelle. Ce qui n'a pas été fait. Que chacun, dès lors, examine où sont les responsabilités dans l'échec du mouvement et en tire les conséquences. La stratégie d'amendement et de négociation du projet de loi était une impasse. C'est le rapport de force entre salariés et gouvernement, sur la base du retrait, qu'il fallait à un moment donné accroître. Les amendements proposés à l'Assemblée nationale et au Sénat ont de fait durci le projet: entre autres, la création d'une caisse de retraite des fonctionnaires par exemple, ou bien encore le rendez-vous en 2013 pour discuter d'une réforme systémique et d'un système de retraite par points, qui est la volonté des institutions européennes soutenue par la CFDT. Tout çà, c'est un syndicalisme de collaboration de classe, au profit des grands groupes financiers internationaux et au détriment de la classe ouvrière. Par ailleurs, pour des considérations qui n'ont aucun rapport avec les aspirations populaires, on a sacrifié le mouvement social sur l'autel des ambitions européennes de certains appareils. L'axe Thibaut - Chérèque, c'est le mariage de la carpe et du lapin. Il faut précipiter son divorce! »

•Certains estiment, comme la CFDT, qu’il faut « tourner la page », mais dans les organisations, de nombreux camarades ne veulent pas lâcher et  revendiquent l’abrogation de la loi, qu’en penses-tu ?
« Si j'étais à la CFDT, après avoir sacrifié plus de 10 jours de salaire, je renverrais ma carte à Chérèque en lui demandant qu'il me rembourse aussi ma cotisation. Il n'est pas question de tourner la page. Avec ce genre de déclaration, on est définitivement éclairé sur le positionnement de cette organisation. La journée du 23 novembre à l'appel de l'Intersyndicale, sans mots d'ordre et  revendications, avec sa si faible mobilisation, est bien la démonstration qu'entre le haut - ou du moins ceux qui prétendent l'être - et le bas, il y a bien plus qu'une incompréhension. C'est bien l'abrogation de la loi qu'il faut, haut et fort, revendiquer aujourd'hui. »

•Comment préparer la prochaine étape selon toi ?
« Il faut refonder le mouvement ouvrier avec les organisations syndicales qui le souhaitent sincèrement. Sur des bases et de revendications claires. J'ai parfois le sentiment que les organisations syndicales ne mènent pas la lutte sur le bon terrain. Ou plutôt qu'elles le font sur le terrain déjà choisi par les "réformateurs". Pour les retraites par exemple, il faut clarifier les concepts. La pension, est-ce que c'est une continuation du salaire? Est-ce que c'est un salaire différé ou est-ce que c'est un revenu différé? Entre les trois il y a des glissements de sens qui portent à conséquence. Avec la notion de revenu différé, on laisse la porte ouverte à la capitalisation et on brise le lien qu'il existe entre salaire et pension.
Il est nécessaire de défendre les institutions du Salariat comme la cotisation sociale. Les enjeux sont importants. La cotisation sociale par exemple c'est un mécanisme qui d'un point de vue économique permet de financer de très lourds engagements futurs, 12 à 13 % du PIB à l'heure actuelle pour les pensions de retraites, et qui à fait ses preuves car stable sur la longue durée. C'est donc un mécanisme qui démontre clairement que l'on peut se passer des marchés financiers, institutions du Capital, dont on connaît aujourd'hui l'instabilité et ses conséquences redoutables sur la vie de millions de travailleurs. Ce n'est pas un hasard si les élites financières mondiales veulent la mettre à bas avec des projets de réforme des retraites partout dans le monde.

Le POI a proposé une conférence ouvrière pour discuter de ces problèmes, qu’en penses-tu ?
« C'est un très bon point d'appui pour engager la refondation du mouvement ouvrier dont je parlais tout à l'heure. »


 
3 contributions de travailleuses du CHU Montpellier.



Contribution de V,  IDE au CHU Montpellier : « Je pense que  la CGT était largement assez forte pour partir seule, sans la CFDT.. Il fallait être plus virulent d’emblée. Le mot « retrait » pour moi n’est pas suffisant. Il faut aller plus loin. Les travailleurs incluent aussi leurs propres revendications derrière la lutte contre  la  reforme des retraites. Tout est lié. »

Contribution de S, syndicaliste CGT au CHU : « Je pense que les travailleurs n’étaient pas prêts. Ils étaient dans la rue mais n’ont pas fait grève. A un moment ou un autre la CGT aurait du lâcher l’intersyndicale, on n’avait pas tous les mêmes points de vue. Maintenant que la loi est votée, oui je suis pour l’abrogation. Il faut une réflexion sur les retraites. Comment envisager notre société. C’est la fin du bien être pour tout le monde.
Quand il n’y a plus eu d’essence, et que c’était les vacances, je pense que cela a modifié la combativité des gens. Pourtant le mouvement était très populaire. Mais pourquoi on n’a pas gagné ?
Je pense qu’il a manqué une position des partis contre cette reforme. On n’a entendu aucun parti dans cette bataille, et même le PS était pour 62 ans ! DSK socialiste : ça fait rire.
Et puis, l’UE s’il n’y en avait plus ce serait bien. Partout l’état se des engage, plus de poste, plus de trains, plus d’hôpitaux  Dans toute l’Europe c’est la même chose, même en Angleterre il y a des mouvements de révolte. Même en chine ils font grève !
Dans la CGT, il y a des endroits où ça a été très combatif. Mais quand on entend Nadine Prigent, il faudrait la virer. J’ai été très étonnée que Thibault n’ai eu aucune réponse face à Chereque.
Pourquoi on n’a pas gagné, c’est en effet la question, je ne sais pas ce qu’il a manqué. »

Contribution d’une infirmière CHU Montpellier :
« On s'est battu pour obtenir le retrait de la réforme des retraites et malheureusement pour l'instant on a échoué.
Peut-être aussi les syndicats n' ont n'a pas vraiment demandé le retrait et il est possible aussi que les jours de grève espacés ont joué contre nous.
Mais dans mon service, il y a une faible minorité qui me parait concernée. La majorité semble penser qu'il n'y a pas d'autre moyen que de travailler plus longtemps pour sauver la retraite de leurs enfants.  Mais je ne suis pas d'accord avec la CFDT qui veut tourner la page. Je suis pour l'abrogation de la loi. Je n'ai malheureusement pas d'idée sur la façon de faire pour l'obtenir et je doute du résultat.
Je pense que la conférence ouvrière pour discuter des problèmes est une bonne idée. »


Discussion entre deux militants cheminots…



 En quelques mots, à ton avis qu’est ce qui a manqué dans le conflit sur les retraites pour gagner ?
A (s’est syndiqué pendant le combat sur les retraites) : Je pense que l’on aurait dû partir en grève tous les secteurs en même temps.
En dehors des manifestations, on ne savait pas ce qui se disait dans les autres endroits, chez les enseignants, postiers, à la TAM.
Un article dans Informations ouvrières indique que l’alliance avec CFDT provoque des remous dans la CGT, qu’en penses-tu ?
A : C’est vrai, c’est un problème cette alliance avec la CFDT ! Cela m’intéresse les discussions politiques, je ne suis pas encarté, il nous faut un grand parti qui nous représente, nous avons besoin d’unité.
A la conférence il n’y aura que des militants du POI ?
Non, justement des militants d’origines diverses, des syndicalistes, des travailleurs de différentes entreprises… pour parler de la nécessité d’unité et de la clarté sur les revendications.

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